Loi PFAS : quelles nouvelles obligations ?

Contexte et enjeux
La loi n° 2025-188 du 27 février 2025 vise à protéger la population contre les risques liés aux substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS) communément appelés « polluants éternels », en raison de leur extrême persistance dans l’environnement.
Ces substances, issues de l’industrie chimique et utilisées depuis les années 1940 (emballages alimentaires, poêles antiadhésives, textiles, cosmétiques, mousses anti-incendie, peintures, pesticides…), se retrouvent aujourd’hui partout.
La littérature scientifique a confirmé que ces substances présentent des risques graves pour la santé : maladies thyroïdiennes, hypercholestérolémie, lésions hépatiques, cancers du rein et des testicules, effets sur la fertilité ou le poids à la naissance (Agence européenne pour l’environnement).
Aucun territoire n’échappe à cette contamination et certains sont particulièrement touchés (Haute-Savoie, Rhône, Gard, Jura, Oise). Pour répondre à cette pollution diffuse, le législateur français a adopté une approche globale en visant l’ensemble des PFAS (entre 4 000 et 12 000 molécules identifiées).
Interdiction progressive des PFAS dans certains produits de consommation.
L’article L524-1 du code de l’environnement prévoit une interdiction graduelle :
- Dès le 1er janvier 2026 : interdiction de fabrication, importation, exportation et mise sur le marché de cosmétiques, farts de ski, vêtements, chaussures et agents imperméabilisants contenant des PFAS. Exceptions : vêtements et chaussures de protection (pompiers, militaires, sécurité civile), dont la liste sera fixée par décret.
- À partir du 1er janvier 2030 : interdiction généralisée à tous les textiles contenant des PFAS, sauf exceptions définies par décret, comme les textiles techniques à usage industriel.
- Seuil de tolérance : l’interdiction ne s’appliquera pas en cas de traces résiduelles en dessous d’un seuil défini par décret.
| 📌 Le projet de décret d’application de l’article 1 de la loi PFAS a été mis en consultation publique du 7 août 2025 au 5 septembre 2025. Il définit d’une part la valeur de concentration en PFAS au-delà de laquelle les interdictions d’usage des PFAS s’appliquent. Il prévoit la liste des produits exemptés de ces interdictions. |
➡️ À noter : les emballages alimentaires ont été retirés du champ d’application du texte initial mais sont déjà couverts par le Règlement (UE) 2025/40 du 19 décembre 2024 relatif aux emballages et aux déchets d’emballages (interdiction prévue dès août 2026). Les ustensiles de cuisine ont été exclu de l’interdiction à partir du 1er janvier 2026 par un amendement parlementaire pour laisser le temps aux industriels de trouver des alternatives.
⚠️ Sanctions : Des sanctions administratives peuvent être appliquées. En cas de non-respect des interdictions liées aux PFAS, l’autorité administrative peut, après constat d’un manquement, mettre en demeure l’opérateur de se conformer dans un délai fixé (Article L. 521-17 du code de l’environnement) À défaut d’exécution, elle peut prononcer diverses sanctions administratives (article L.521-18 du code de l’environnement et suivants) : amende pouvant atteindre 15 000 €, assortie d’une astreinte journalière de 1 500 €, interdiction d’importation, de fabrication ou de mise sur le marché, retrait ou destruction des produits, voire consignation de sommes. En cas d’urgence présentant un risque sanitaire ou environnemental, ces mesures peuvent être ordonnées immédiatement, sans mise en demeure préalable. Ces sanctions ne peuvent porter sur des faits remontant à plus de trois ans (article L. 521-19 du même code) et les décisons prises par l’autorité administratives sont susceptibles de recours devant le tribunal administratif (article L. 521-20 du même code). |
Renforcement du contrôle des PFAS dans l’eau potable
L’article 1 de la loi crée un nouvel article L. 1321-9-1 du code de la santé publique, qui renforce le cadre du contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine.
Désormais, ce contrôle inclut obligatoirement :
- La détection des PFAS définis par décret,
- Mais également celle de toute autre substance PFAS non listée, dès lors que :
- elle est quantifiable,
- et que son contrôle est justifié par les circonstances locales (par exemple, une pollution identifiée autour d’un site industriel émetteur).
| 📌 Cette mesure va au-delà de la directive (UE) 2020/2184 du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine qui impose seulement la surveillance de 20 PFAS à partir du 12 janvier 2026. Le décret fixant la liste des PFAS à contrôler n’est pas encore publié. |
Par ailleurs il précise que les actions de dépollution et les seuils maximaux d’émissions pour chaque site sont fixés par arrêté.
L’article 1 de la loi prévoit l’obligation pour le Gouvernement de remettre au Parlement, dans un délai d’un an à compter de la promulgation de la loi, un rapport proposant des normes sanitaires actualisées pour les PFAS dans les eaux destinées à la consommation humaine.
Enfin, l’article 5 de la loi impose aux agences régionales de santé (ARS) de rendre publics :
- le programme des analyses de PFAS dans les eaux destinées à la consommation humaine, y compris les eaux conditionnées en bouteille,
- ainsi que les résultats de ces analyses sous forme d’un bilan annuel régional.
À partir de ces bilans régionaux, le ministre chargé de la santé doit publier chaque année un bilan national de la qualité de l’eau au robinet au regard des PFAS.
Information du public : une cartographie transparente
Le nouvel article L. 1321-9-1 du code de la santé publique prévoit également la création d’une carte publique et annuelle recensant l’ensemble des sites ayant émis ou émettant des PFAS dans l’environnement. Cette carte, mise en ligne par les ministres chargés des risques et de la santé, doit être révisée chaque année et comporter, lorsqu’elles sont disponibles, les quantités d’émissions mesurées.
📌 Cette cartographie a été mise en ligne : elle compile plus de 2,3 millions de données issues des bases nationales (SISE-Eaux, ADES, Naïades, GIDAF) et permet de visualiser les contaminations par PFAS dans les eaux souterraines, de surface, potables et les rejets industriels.
Capture d’écran de l’outil de visualisation des données nationales de surveillance des substances PFAS
Plan interministériel pour le financement de la dépollution des eaux
L’article 3 de la loi PFAS impose au Gouvernement d’adopter dans un délai d’un an à compter de sa promulgation, un plan d’action interministériel spécifiquement consacré au financement de la dépollution des eaux destinées à la consommation humaine.
Ce plan doit concerner l’ensemble des collectivités territoriales responsables des services publics d’eau potable et d’assainissement, que la gestion soit en régie directe ou confiée à un délégataire.
Il devra préciser :
- Les ressources financières mobilisables pour les politiques locales de dépollution,
- Le rôle et les missions des agences de l’eau dans cet accompagnement,
- Le rôle de l’État dans l’appui aux collectivités,
- Un calendrier prévisionnel de mise en œuvre.
📌 À ce jour, ce plan n’a pas encore été publié.
Trajectoire nationale et dépollution des rejets industriels
L’article 2 de la loi insère un nouvel article L. 523-6-1 dans le code de l’environnement.
Il prévoit la mise en place d’une trajectoire nationale de réduction progressive des rejets aqueux de PFAS des installations industrielles, de manière à tendre vers la fin de ces rejets dans un délai de cinq ans à compter de la promulgation de la loi.
L’article précise que la trajectoire nationale, la liste des substances concernées et les modalités de mise en œuvre seront définies par décret.
📌 Le projet de décret relatif à la mise en œuvre de cette trajectoire était en consultation publique du 7 août 2025 au 5 septembre 2025, il a été publié au journal officiel du 9 septembre. Le décret n° 2025-958 du 8 septembre 2025 relatif aux modalités de mise en œuvre de la trajectoire nationale de réduction progressive des rejets aqueux de substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées des installations industrielles fixe la trajectoire en son article 1. Ainsi la trajectoire nationale mentionnée à l’article L. 523-6-1 du code de l’environnement est, par référence aux émissions estimées ou mesurées de l’année 2023 la suivante : – une diminution de 70 % d’ici le 27 février 2028 ; Quelles sont les substances concernées ? Les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées concernées par cette trajectoire nationale de réduction progressive sont toute substance qui contient au moins un atome de carbone méthyle complètement fluoré (CF3-) ou méthylène (-CF2-), sans aucun atome d’hydrogène, de chlore, de brome ou d’iode lié. Enfin le décret précise que les rejets considérés pour l’application de la trajectoire correspondent au flux massique résultant de la différence entre les substances présentes dans l’eau rejetée par l’installation et l’eau d’approvisionnement de l’installation. |
Création d’une redevance « pollueur-payeur »
L’article 4 de la loi modifie l’article L. 213-10-2 du code de l’environnement pour instaurer une redevance spécifique sur les rejets aqueux de PFAS, reposant sur le principe pollueur-payeur.
Un nouvel alinéa IV bis est inséré à l’article L. 213-10-2. Il prévoit que :
- la redevance est due par toute installation classée soumise à autorisation (ICPE) dont les activités entraînent des rejets aqueux de PFAS (directement ou via un réseau de collecte).
- la redevance est assise sur la masse de PFAS rejetée par an.
- un seuil de perception est fixé à 100 g/an de PFAS rejetés.
- le tarif est fixé à 100 € par 100 g rejetés.
- la liste des substances concernées doit être définie par décret
📌 Le décret d’application n’est pas encore publié.
Conclusion
La loi du 27 février 2025 marque une avancée certaine dans la lutte contre les PFAS.
Elle combine :
- interdictions ciblées et progressives,
- contrôles renforcés de l’eau,
- cartographie publique de la pollution,
- redevance pollueur-payeur,
- et une trajectoire de réduction des rejets industriels.
➡️ Toutefois, l’effectivité de ces mesures dépendra de la teneur des décrets d’application à venir.
À plus long terme, la loi PFAS française s’inscrit dans une dynamique européenne. La révision en cours du règlement REACH pourrait conduire à une interdiction plus large des PFAS dans l’ensemble de l’Union européenne, sur la base de la proposition de restriction déposée par cinq États membres et actuellement évaluée par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).
📸 Crédit photo : Rodolfo Clix

